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La mort périnatale

Les études réalisées sur le deuil périnatal constatent que les mères présentent lors de cet événement les symptômes classiques du deuil. La réaction initiale la plus fréquente est une douloureuse impression de vide et d’engourdissement. Certaines ressentent plutôt une certaine tension nerveuse, elles n’arrivent pas à tenir en place, elles doivent s’occuper le plus possible. Chez d’autres, la réaction initiale se traduit par une grande tristesse, un sentiment de malaise et une envie de rester seule pour pleurer.

Beaucoup de femmes ont des sentiments de culpabilité et d’auto-reproche, elles se demandent si la perte de leur bébé est imputable à quelque chose de précis qu’elles auraient du faire ou ne pas faire. Certaines ont le sentiment d’avoir échoué dans leur rôle de femme et de mère, elles perçoivent cette perte comme un échec par rapport aux attentes du conjoint, de la famille en général. Un grand nombre d’entre elles sont inquiètes de l’étrangeté de leurs réactions, elles se demandent si elles ne deviennent pas folles, elles ont l’impression par exemple d’avoir entendu le bébé pleurer pendant la nuit ou de l’avoir senti bouger en elles, comme si elles étaient toujours enceintes. Certaines fuient le monde extérieur, se sentant différentes et exclues. On retrouve également des symptômes physiques tels que la fatigue, l’insomnie, des vertiges et la perte d’appétit.

Les réactions des pères sont peu connues, car la manifestation des sentiments chez les hommes est très dévalorisée dans notre culture. On peut toutefois dire qu’elles sont généralement moins intenses et moins durables que celles des mères. Cela se traduit davantage par de la nervosité et une fuite dans le travail.

La soudaineté de la perte, ne permettant pas de faire un deuil anticipé, et l’absence d’un corps tangible à pleurer, rendant la perte irréelle et pouvant figer l’évolution du deuil, font que le deuil périnatal se distingue de la plupart des autres deuils, et explique pourquoi il est si difficile à résoudre. Le processus peut être facilité quand l’expérience des mouvements du fœtus viennent se concrétiser sous la forme du bébé mort. Le voir, le toucher, le tenir, rendent la perte réelle et facilitent ainsi le travail du deuil, car le rappel des souvenirs du défunt sont la clé de la résolution du deuil.

Suivant le moment où la perte survient, et donc le degré d’attachement que la mère a développé avec son bébé, les conséquences du deuil sont différentes. La planification du bébé, la confirmation de la grossesse, l’acceptation de l’idée d’être mère, où elle va s’identifier à son enfant qui sera ressenti comme une partie d’elle-même, le moment où la mère commence à sentir le bébé bouger, et enfin la naissance, où le fait de voir et de toucher le bébé complète le processus d’attachement, sont les cinq grandes étapes de l’attachement maternel à son bébé.

Chez le père, le premier signe d’attachement apparaît avec les mouvements du fœtus. L’homme ne devient vraiment père qu’après la naissance. Il y a donc un décalage entre le père et la mère, et celui-ci se fait surtout ressentir lors d’une perte en début de grossesse. La femme considère celle-ci comme la perte d’une personne alors que le père est porté plutôt à la vivre comme un événement triste que comme un décès. Ce décalage peut être à la source de sentiments d’isolement et d’amertume chez la mère, ce qui peut engendrer ensuite des problèmes de communication et des mésententes sexuelles dans le couple. L’idéal est donc que les conjoints essaient de synchroniser le plus possible leurs réactions de deuil, en étant à l’écoute des sentiments de l’autre. Chacun reçoit alors réconfort et soutien de l’autre, ce qui facilite la résolution du deuil.

Une réaction fréquente des couples est de vouloir mettre une nouvelle grossesse en marche après la perte périnatale. Or, il est important de se laisser le temps de faire le deuil de l’enfant perdu et d’attendre entre 6 mois à un an avant d’envisager une autre grossesse. Les espoirs déçus précédemment et le manque de souvenirs peuvent provoquer l’idéalisation de l’enfant mort, confrontant toujours l’enfant suivant à une image de perfection. Il se peut aussi que la perte périnatale amène la mère à idéaliser son nouvel enfant comme une réincarnation du mort, véritable objet de remplacement ou double de l’enfant mort. Dans tous les cas, les répercussions psychologiques pour le second enfant pourraient se révéler dramatiques.

Si le couple a d’autres enfants, il est nécessaire de leur expliquer, dans un langage adapté à leur âge, ce qui est arrivé. Il est important que les parents soient honnêtes envers eux et qu’ils rassurent les enfants qu’ils ne sont en aucun cas responsables de la mort du petit frère ou de la petite sœur. En effet, ils ont pu ressentir au moment de la grossesse, une certaine jalousie et même une certaine agressivité, envers celui ou celle qui allait arriver et accaparer ses parents. Il pourrait donc se dire que ses pensées négatives envers le bébé ont été pour quelque chose dans la perte de celui-ci.

Les quelques conseils que nous pouvons donner aux parents sont de parler, parler le plus possible, avec des personnes qui sont capables de les écouter jusqu’au rebachage si besoin. Cela les aidera à extérioriser ce qui les brûle de l’intérieur. Il est bon d’accepter que l’émotion se manifeste, que le chagrin, la tristesse et la colère sortent. Il est important que les parents sachent que leurs réactions de deuil sont normales, qu’elles vont persister plusieurs semaines et qu’elles réapparaîtront de façon intermittente dans les mois qui suivent la perte.

Carole Méhan,

Psychologue.

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