L'appli MyBuBelly pour choisir le sexe de son bébé, arnaque ou révolution ?

MyBuBelly, une application de coaching qui propose à ses clientes de les aider à choisir le sexe de leur enfant à naître (pour la modique somme de 149 euros par mois), revendique un taux de réussite de 90%. Une méthode qui est loin de mettre d’accord les professionnels de santé qui dénonce  l'absence de fondements scientifiques.


L'appli MyBuBelly pour choisir le sexe de son bébé, arnaque ou révolution ?

La possibilité de choisir le sexe de votre bébé est le souhait de bien de parents. Pour tenter d'influencer le sexe, certaines femmes s'orientent vers les remèdes de leur grand-mère, étudient les cycles de la lune ou recourent à la lithothérapie (le pouvoir des pierres). Mais ces derniers mois, une entreprise a déclaré qu'elle avait découvert une solution fiable et scientifiquement prouvée à 90% pour choisir le sexe de son bébé. L'application MyBuBelly offre un programme en deux étapes.

La première étape, qui dure 3 mois, est un rééquilibrage nutritionnel pour acidifier ou alcaliniser le pH afin de favoriser le passage du sperme X (hommes) ou Y (femmes). Ensuite vient l'étape de la procréation, au cours de laquelle des rapports sexuels se rapprochant plus ou moins de l'ovulation doivent être planifiés, en fonction du sexe souhaité. Le programme MyBuBelly coûte 149 euros par mois. Pour six mois de coaching, soit le temps moyen nécessaire pour la conception, la facture est donc de 894 euros.

Le kit contient une boîte de compléments alimentaires, des tests pH et des tests d'ovulation. Il est assorti d'un suivi avec une "équipe d'experts composée de nutritionnistes, gynécologues, psychologues, sexologues", indique le site. Depuis fin 2018, un coffret MyBuBelly est même disponible dans certaines pharmacies. Cependant, la démarche est très critiquée par les professionnels du secteur.

“Il n’y a rien de nouveau” - VRAI

Nous n’avons rien inventé. Nous avons simplement modernisé des méthodes vieilles de plusieurs dizaines d’années”, a déclaré Sandra Ifrah, fondatrice de MyBuBelly. 
La première étape s'inspire des travaux du Dr Papa à la maternité de Port-Royal (hôpital Cochin) dans les années 1980. Un gynécologue controversé qui prône un changement alimentaire draconien pour influencer le sexe. La deuxième est fondée sur les recherches du Dr Shettles dans les années 1960. Selon lui, les spermatozoïdes Y (mâles) sont moins résistants que les spermatozoïdes X (femelles). Il faudrait donc avoir des rapports sexuels pendant l'ovulation pour avoir un garçon, et deux à trois jours avant pour une fille. 
Le programme de nutrition est une source d'inquiétude pour les professionnels de la santé. Il conseille de privilégier les produits laitiers et les légumes verts pour une fille. Viande et sel pour un garçon. Sandra Ifrah, pour sa part, assure qu'il n'y a "aucun danger pour la santé"

“Certaines préconisations alimentaires sont dangereuses. Manger très salé par exemple va complètement à l’encontre des recommandations médicales”,a expliqué Philippe Deruelle, secrétaire général du Collège national des gynécologues et obstétriciens.

“C’est scientifiquement prouvé” - FAUX

La méthode MyBuBelly est en effet basée sur le travail des médecins. Mais ceux-ci sont contestés. Le Dr Papa a étudié les changements alimentaires chez 200 femmes à la maternité de Port-Royal. À l'époque, il se vantait d'un taux de réussite de 80 %. Sauf que 70 % des participants ont quitté le projet en cours de route.

Le travail du Dr Shettles, qui recommande de cibler la date de conception de l'enfant pour influencer son sexe, a aussi fait l'objet de critiques. Une étude publiée en 1995 dans le New England Journal of Medicine révèle qu'il n'y a pas de preuve démontrant l'existence d'une relation causale entre le moment des rapports sexuels et le sexe du bébé.

"Ce programme n'a aucune base scientifique ", souligne Philippe Deruelle, secrétaire général du CNGOF.“Si l’alimentation jouait vraiment un rôle pour le sexe de l’enfant, il y aurait eu des changements au fil des années. Auparavant, on consommait beaucoup de fruits et de légumes alors qu'aujourd'hui, notre alimentation est principalement grasse et salée. Pourtant, il n’y a pas plus de garçons qu’avant”

“Ca peut marcher” - VRAI (avec 50% de chance)

“La nature c’est 51% de garçons et 49% de filles”, déclare le professeur Philippe Deruelle. De toute façon, il y a une chance sur deux que le client soit convaincu. Par contre, MyBuBelly affiche un taux de réussite impressionnant de 90%. Comme le stipule le site, cette estimation est basée exclusivement sur les "retours abonnés".  Et l'échantillon est petit. Seulement 100 témoignages ont été utilisés. 

De plus, MyBuBelly offre un programme nutritionnel de 3 mois sans alcool et sans tabac. "Certaines femmes suivent le coaching pour améliorer leur fertilité et d'autres pour essayer d'influencer le sexe du bébé ", déclare Sandra Ifrah. Avoir un mode de vie sain accroît effectivement les chances de tomber enceinte.

“On ne peut pas augmenter la fertilité en trois mois”, explique Michael Grynberg, président du pôle fertilité du CNGO.  “Une femme qui arrête de fumer ou de mal manger en un laps de temps si réduit ne peut pas voir ses chances de tomber enceinte augmenter”, rapelle le médecin.

“Satisfait ou remboursé” - VRAI... en partie

"Si notre méthode n'a pas fonctionné avec vous, nous vous la rembourserons ", indique le site. Les statistiques montrent que les femmes ont 50% de chances d'avoir un enfant du sexe désiré. Par conséquent, une femme sur deux peut potentiellement demander un remboursement pour son traitement. En parcourant les conditions, il ressort que cette dernière est partielle et soumise à plusieurs conditions cumulatives, en particulier le fait d'avoir suivi scrupuleusement le programme alimentaire pendant au moins 3 mois.

“Aujourd’hui, la seule solution pour choisir le sexe de son enfant est la fécondation in vitro (FIV). En France, cette pratique n’est autorisée que pour les maladies génétiques très graves liées au sexe”, commente Michael Grynberg.

De son côté, la créatrice de MyBuBelly chasse les critiques. "Les médecins qui n'y croient pas sont de la vieille école. Aujourd'hui, il n'est pas politiquement correct de dire que vous voulez choisir le sexe de votre enfant."