L'instinct maternel est-il inné ?

Encore aujourd'hui, on se pose la question de l'instinct maternel, s'il est inné, s'il existe vraiment, etc. Alors qu’en est-il vraiment ? Quelle est la part d'héritage et la part d'apprentissage ?


instinct maternel

L'unanimité des spécialistes fait foi : l’instinct maternel tel que l’entendait Darwin, n’existe pas. Déjà dans les années 80, la philosophe et féministe Elisabeth Badinter avait écrit que loin d’être une donnée naturelle, l’instinct ou amour maternel chez une femme est profondément marqué par le poids des cultures. Et ce n’est qu’à la fin du XVIIIe siècle que le rôle de la mère a été valorisé et que le regard sur l’enfance a changé.

Instinct maternel : une construction mentale et sociale

Selon Françoise Héritier, anthropologue, pour l'espèce humaine on préfère toujours parler de volonté, car l'Homme est doté d'une conscience, d'un libre-arbitre et de sentiments. Ainsi, faire un enfant est le fruit de la volonté de se reproduire et de protection. C’est parce qu'il y a confrontation entre ces deux volontés que peuvent se développer des relations marquées par des sentiments très forts entre la mère et son enfant, mais rien qui ne relève de l'instinct.

De même, pour la neurobiologiste Catherine Vidal « l’être humain est avant tout diversité et complexité et son comportement ne peut pas être programmé ». De plus, chaque être humain est différent dans sa complexité. Ainsi chaque femme a un vécu différent face à son enfant. Car ce vécu est le produit de son histoire personnelle et du contexte social, économique et politique dans lequel naît l’enfant.

La psychologue Maryse Vaillant va plus loin en précisant qu’une jeune maman reste marquée par son histoire de fille, l’histoire de sa propre mère et celle des femmes de son entourage proche. « Il n’y a rien d’instinctif là-dedans, il s'agit d'une maturation psychique singulière à chaque jeune mère » précise-t-elle. Selon la psychologue, parler d’instinct maternel réduirait la femme à sa fonction de génitrice et mettrait en second plan la singularité du parcours de chaque femme.

Or, il existe des jeunes mamans qui n’éprouvent aucunes pulsions protectrices et affectueuses envers leur nouveau-né. Et elles construisent leur sentiment maternel, parfois dans la difficulté. Le sentiment maternel serait donc le résultat d’une histoire personnelle avant tout, celle de la mère et de son rapport à la maternité.

Un processus complexe

L’instinct maternel reste un processus complexe qui peut être modifié et perturbé, du fait que nous sommes des êtres parlants et que nous avons un inconscient, et un processus qui se construit bien avant la naissance.

En effet, comme chaque femme a sa propre histoire, chaque maman va accueillir et s’occuper de son enfant à sa manière. L’instinct maternel va s’adapter à chaque situation particulière. Ainsi, si certaines mamans arrivent spontanément à identifier les besoins de leurs enfants et à y répondre, il arrive que des mamans rencontrent plus de difficulté à le faire en raison de ce qu’elles ont vécu ou de l’état psychologique dans lequel elles se trouvent.

Il faut aussi prendre en compte le phénomène d’identification. Une jeune maman peut avoir tel ou tel comportement avec son enfant, parce qu’elle-même a été traitée de cette façon ou parce qu’elle a vu faire d’autres mamans de son entourage agir de telle façon. D’autres encore vont avoir tel ou tel geste avec leur enfant alors que leur mère ne l’aura jamais pratiqué avec elles, ce qu’elles ont interprété comme un manque d’affection ou d’intérêt.

Enfin, chaque naissance n’est pas vécue de la même façon et n’a pas la même signification pour chaque maman. En conséquence de quoi, l’instinct maternel ne va pas s’exprimer de la même manière selon les mamans. Par exemple, si la jeune maman est la cadette dans sa famille, elle peut avoir une relation marquée par sa propre histoire avec son deuxième enfant, ce qu’elle n’aura pas forcément avec son premier.